Territoire

Sommets du Digital (J-21) : 4 questions #Startup à David Abiker

Les 1, 2 &3 février se tiendront les Sommets du Digital à la Clusaz sous la houlette de Xavier Wargnier, Directeur fondateur des Editions Kawa & Co-fondateur de l’événement. Trois jours en immersion totale dans un cadre exceptionnel, 40 speakers et experts qui ambitionnent de partager leur expérience avec les participants, et des conférences à la pointe du savoir faire digital.

C’est David Abiker qui s’est le premier prêté au jeu. L’auteur et chroniqueur radio, presse et TV (Europe 1 – C’est arrivé cette semaine et C’est arrivé demain ; Paris Première Ca balance à Paris, O1Net, Marie-Claire, Management et GQ. ) , animera en effet pendant 3 jours les conférences des Sommets du Digital. Et c’est avec le ton qu’on lui connaît, drôle et provocateur, qu’il a répondu à nos questions !

Annecy French Tech : C’est arrivé cette semaine 🙂 La France 2ème nation au CES de Vegas, la presse étrangère bluffée par le succès de la French Tech, Macron ovationné sur place … en tant qu’expert de l’actualité, que vous inspire ce succès de la vague startup française ?  

David Abiker : « Bonjour, d’abord merci de me donner la parole sur un sujet (de plus) que je ne connais pas. Je suis ravi pour notre ministre Macron qu’il ait trouvé le succès au CES de Las Vegas. Je me demande parfois si le ministre de tout ce qu’il ne faut pas dire et penser à gauche n’est pas lui-même la création d’une start-up en sa version Beta qui a pour objectif secret d’ubériser le parti socialiste et le centre droite. En tout cas si tel était le cas, l’entrepreneur qui a inventé Macron est un génie. Notre pays ayant de nombreux traits communs avec l’Union Soviétique brejnévienne – je veux parler de son administration omnisciente, du rôle de la planification dans le développement de l’économie et du poids de la parole politique dans la pensée économique – dans ce pays donc, il me paraît normal que les créateurs de start-up se prennent pour Soljenitsyne et qu’ils soient considérés comme l’avant-garde du progrès. Néanmoins, la France n’est pas le Goulag et le CES n’est pas une entreprise de philanthropie. Ce que je vois derrière le succès médiatique des start-up c’est d’abord l’envie d’un ailleurs professionnel promettant des success stories individuelles susceptibles d’inverser la courbe du chômage et de la dépression. Le créateur de start-up c’est le nouveau cowboy, une sorte de héros économique moderne. Au-delà des 120 représentants French Tech fièrement rassemblés dans ce temple du vice qu’est Las Vegas, je crois que la création d’entreprises même technologiques recouvre des réalités contrastées comme disent les sociologues prudents quand ils sont interrogés par Le Monde. »

Annecy French Tech :  Il y a une véritable love story entre les français et les startups. Toutes les écoles de commerces possèdent ou ouvrent des incubateurs, les plus jeunes voient dans l’entreprenariat un véritable débouché professionnel (même Europe 1 récompense des startups:-)) . Partagez vous cette love story ? 

David Abiker :  « J’ai fait le choix de ne pas m’opposer à cette love story entre les Français et les Start-Up. On ne sait jamais comment les internautes réagiraient si j’étais contre. Mais, du haut de ma très grande inexpérience et depuis que j’entends le mot start-up désormais prononcé toutes les 5 secondes dans chaque foyer français, je fais le constat suivant. La plupart des jeunes ont envie de créer une start-up, je suis moi-même le parrain du concours de création Digiprize de l’Essca (parrain au sens Vito Corleone du terme). Il est préférable que le modèle de réussite le plus standard passe par la création d’entreprise que par la recherche d’une charge d’ancien régime dans un ministère quelconque. Je suis proche sur ce point de Saint-Simon. Ainsi entre un jeune qui me dit « je vais créer une start-up et je cherche des investisseurs » et un autre qui me dit « j’ai un client et la facture vient d’être envoyée payable 30 jours fin de mois », mon sang ne fait qu’un tour et j’écoute plus volontiers celui qui a un client. Le mot start-up ne doit pas faire oublier à nos jeunes qu’un client vaut mieux que deux tu l’auras ton investisseur et que science de la start-up sans conscience du client n’est que ruine et pas seulement de l’âme. Il me semble qu’on parle trop de start-up et pas assez de client, de commerce et de facturation pour être tout à fait précis. Le meilleur conseil que je donne à un jeune est celui-là « Trouve un client, fais-toi payer, quand tu as reçu la facture, voilà, tu a créé ta start-up ». Oui je sais, je suis vieux jeu et l’économie numérique fonctionne sur d’autres critères mais je ne me résoudrai jamais à faire financer mon salaire tous les trois ans par une levée de fonds. Je n’en dormirais pas la nuit, imaginez que la levure ne prenne pas ! Mon chien ne pense pas comme moi. Mon chien est un social libéral ultra brillant. Quand il fait son regard love money, n’importe quel investisseur financerait son stock de croquettes. »

Annecy French Tech : Et vous David, pensez-vous avoir « l’esprit startup » ?

David Abiker : « Si j’ai l’esprit start-up ? Oui et non. Mon métier de journaliste consiste à monter une émission, un projet d’article et à les mener à bien et à recommencer dans un souci d’information cher à ma noble profession. J’aime travailler sur plusieurs choses à la fois (et que ça ne prenne pas trois plombes) en ménageant des pauses pour manger du chocolat, fumer, faire progresser la cause des femmes et produire des calembours sur Twitter. De ce point de vue, mon envie d’avancer, de concrétiser des efforts par un résultat concret ressemble à l’esprit de l’entrepreneur. A contrario, je serais incapable de travailler sur un projet pendant 3 ans. Je m’évanouirais assez rapidement. Je n’ai pas la patience et l’opiniâtreté des vrais bâtisseurs que j’admire en secret et publiquement (j’ai des posters d’entrepreneurs et d’entrepreneuses célèbres dans ma chambre). En revanche, je peux facilement me faire passer pour un créateur de start-up. J’ai plein de chemises chez moi qui pourraient entretenir cette illusion. Remarquez que je n’ai pas le tutoiement facile, ce qui peut être un handicap. Et comme je parle mal anglais, je serais vite repéré comme un naze au CES de Las Vegas. »

Annecy French Tech : Vous allez animer les Sommets du Digital. Cet événement va être l’occasion de véritables échanges entre participants et experts. Qu’attendez-vous de vos rencontres avec les startups French Tech qui seront présentes ?

David Abiker :  « J’attends d’abord de ces sommets qu’ils soient vécus par chacune et chacun comme un temps qui ne soit ni le week-end ni la semaine travaillée, une sorte de parenthèse où ils pourront mettre leurs soucis de côté. Je sais que nombre d’entre eux sont harcelés par la fiscalité ou les calls. Quitte à avoir la crise, le terrorisme et le réchauffement climatique, autant être heureux ensemble dans ces montagnes. Personnellement à chaque fois que je vais dans un congrès ou des rencontres professionnelles, je suis surpris par le bonheur qu’éprouvent les membres de la communauté numérique à se retrouver et à s’étreindre. Ce sont des gens très gentils et souvent très éduqués. Beaucoup ne cachent pas une sensualité bon enfant. Vous les imaginez donc par mont et par vaux ? Je suis certain que leur intelligence collective fera des merveilles. J’ai aussi l’intention de photographier avec mon téléphone tous les gens que je rencontrerai sur place. Je veux vraiment les regarder. Plus vous regardez quelqu’un sans lire vos transparents plus vous avez de chance qu’il advienne quelque chose. En revanche plus vous regardez quelqu’un regarder ses transparents plus vous êtes certain qu’il n’arrivera rien. Des études américaines sur le sujet l’ont démontré. Je ferai aussi quelques blagues s’il neige parce qu’il me paraît impossible de faire un tel déplacement sans faire au moins deux blagues congelés une fois au sommet. Vous êtes d’accord ? Vous ne dites rien ? J’imagine que notre entretien est terminé. »

Et oui David, entretien terminé ! Merci encore et à bientôt à La Clusaz, aux Sommets du Digital.

Interview réalisée par Audrey Ghozael , Déléguée Générale Annecy French Tech

Laissez un commentaire.

dispositif anti-spam *
Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.